La tentation de l'anonymat
Par Luciole, mardi 10 juillet 2007 à 13:10 :: Psychotroumfette du jour, bonjour :: #134 :: rss
Il m'arrive d'être tenter par l'anonymat, ne plus être Luciole, que ma famille, mon amour, mes amis ignorent l'identité de mes écrits et avoir ainsi une pseudo liberté. Je n'y cède pas. Je pourrais tout aussi bien tenir un journal intime, et ce n'est pas cela que je fais.
Ici, c'est une forme de représentation, et comme toute représentation elle n'a de valeur que parce qu'elle est sincère, pour autant qu'importe sa part de vrai.
Je m'interroge sur cet effet voyeur du lecteur, spectateur, cette tyrannie du " mais qu'y a t-il de vous dans ce que vous écrivez ?"
Je me souviens d'une séance de travail avec des élèves de théâtre. Je leur avais demandé d'apporter un objet qui avait une valeur émotionnelle pour eux, sans rien dire de plus.
Chacun avait alors imaginé ce qu'il aurait à en dire, chacun s'était préparé à représenter leur intimité, avec ce qu'il faut de distance pour se sentir à l'abri du voyeurisme. Cela aurait débouché sur un amas de récit anecdotique, sans émotion, tout au plus sympathique. Seulement voilà , l'exercice que je leur demandais, c'était de prendre l'objet d'un autre et d'imaginer avec seulement cinq minutes de préparation une histoire qui nous ferait croire que cet objet avait une importance capitale.
Les élèves furent déçus d'abord, puis se prirent au jeu. Quelques uns d'entre eux montrèrent une émotion très forte qui les surpris eux même. Probable que cachés derrière l'objet d'un autre, ils se sont laissée allés à plus de "sincérité".
A la fin de la séance, certains élèves qui n'avaient pas réussi à montrer ne serait ce qu'une parcelle d'émotion vinrent me trouver pour m'expliquer leur trouble. Ils s'étaient senti bloqué par l'atmosphère confidence que d'autres avaient donné à leur récit, ils avaient trouvé cela "indécent" et s'était cru perdu au milieu "d'une secte thérapie de groupe". A ces élèves je demandais :" vous vous êtes senti voyeur et cela vous a gêné ?" Ils m'ont répondu que c'était bien cela. Alors nous avons débattu sur cette question :" Est ce que ce n'est pas le voyeur qui fait l'exhibitionniste dans cette circonstance ?."
Ils auraient assisté à la même chose mais dans une salle de théâtre, avec des acteurs professionnels, ils auraient admis "la représentation" et se serait placé comme spectateurs. Mais ils étaient dans une salle de répétition, avec d'autres élèves, sachant qu'eux même devait faire ce même exercice, ayant peur ( et c'est bien naturel) de montrer quelque chose qui leur échapperait, peur d'être jugé, ils se sont eux même positionné en tant que voyeur.
J'expliquais qu'un de mes rôles de prof de théâtre était de les amener à cette liberté d'user de leur intimité émotionnelle au profit d'une histoire a raconter, que pour cela je ne me demandais jamais la part de vrai, la part de la fiction, je ne me posais qu'une seule question, suis je émue ?
Je crois qu'on est dans un système ou le voyeur a pris le pas sur le spectateur. La différence est de taille et pourtant la frontière est toute petite. Le spectateur reçoit une émotion, il ne cherche pas à savoir qui est celui qui lui transmet cette émotion, il cherche à découvrir en lui ce qui le touche et ainsi cherche à mieux se connaître, ou à mieux comprendre le monde qui l'entoure. Le voyeur recherche le contrôle sur cette émotion, il ne cherche pas à s'interroger, au contraire il cherche des réponses qui vont le mettre à l'abri de lui même et de sa propre vérité. Le spectateur assume cette intrusion dans l'intime de son émotionnel par ce qu'il sait que l'adresse est collective et qu'il en prend juste sa part. Le voyeur se croit seul visé et cela a de quoi être effrayant.
Dans le monde de la création, la part d'exhibitionnisme est une fausse question qui n'a que peu d'intérêt, ce qui prime c'est la part de sublimation, c'est cette possibilité d'aller au delà de soi, de devenir tous en quelque sorte. Être acteur c'est renoncer à l'unicité de son identité le temps d'une représentation. On commence souvent avec un égo sur dimensionné qui a besoin de se montrer et on apprend pièce après pièce, rôle après rôle, qu'il n'existe qu'autant qu'il se fond dans l'universel.
Le plaisir de l'acteur n'est plus d'être reconnu mais au contraire d'être oublié. Le temps de la reconnaissance c'est après la représentation et tous n'y prennent pas le même plaisir d'ailleurs.
C'est pour cela que je signe "Luciole" qui n'est pas tout à fait "Luce" mais qui l'est suffisamment pour pouvoir assumer tout ce qui s'écrit publiquement. "Luciole" c'est ce juste milieu entre le "moi" et ma recherche de l'universel ( ça fait pompeux et prétentieux comme ça, rire, mais je dis bien que je cherche, pas que je trouve ;-). Ma liberté d'écrire, je la trouve non pas dans l'anonymat mais dans l'acceptation que ce que j'écris est une représentation et non pas une exhibition. Le plus difficile, c'est pour ceux qui me connaissent vraiment, c'est pour eux qu'il est dur d'oublier "Luce" derrière "Luciole", comme des parents voyant leur enfant sur scène ne peuvent oublier complètement que c'est leur enfant et ne profite pas totalement du spectacle.
Ma liberté d'écrire c'est de rendre au lecteur la responsabilité de son positionnement. Ce n'est pas toujours facile, mais quand je n'y parviens pas, je n'écris plus.
Commentaires
1. Le mardi 10 juillet 2007 à 14:19, par Anne
2. Le mardi 10 juillet 2007 à 18:25, par Alainx
3. Le mardi 10 juillet 2007 à 22:34, par Otir
4. Le mardi 10 juillet 2007 à 23:02, par valclair
5. Le mercredi 11 juillet 2007 à 16:24, par andrem
6. Le mercredi 11 juillet 2007 à 22:36, par filaplomb
7. Le vendredi 27 juillet 2007 à 15:19, par Etolane
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