Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir.

Je pensais que je serais heureuse d'entendre à nouveau ma langue maternelle, mais elle me saute à l'oreille sans arrêt et me met dans une position de voyeuse, je déteste ça. En chine, même si je parlais bien la langue, il me fallait tendre l'oreille, me concentrer un minimum pour pouvoir suivre la conversation. Cela me donnait de délicieux moment d'abstraction, mon esprit pouvait alors voguer à son rythme. Mais ici, impossible, c'est comme si mon cerveau en manque de Français faisait fête de tout ce qu'il entendait, et ils sont tellement bavard, et ils parlent tellement fort, c'est impossible de les ignorer, ça m'épuise, cette incapacité à ne pas comprendre. Je ne sais pas comment je vais tenir le coup. En plus depuis le temps que j'étais partie, j'ai oublié tout les codes de communication, seule ma langue est restée, je me fais l'impression d'être un monstre étrange, un étranger envahi par les autochtones...

Ceci est une fiction écrite dans le cadre du jeu du sablier de kozlika-samantdi. Vous trouverez les règles du jeu ici.