J'ai la nausée, la France a les mains sales
Par Luciole le samedi 1 décembre 2007, 11:47 - commun des mortels - Lien permanent
Chaque jour, j'ouvre donc ma nouvelle fenêtre sur le monde et chaque jour j'y trouve de nouvelles raisons de vomir. Aujourd'hui il faut aller voir là et là
Qu'on ne se méprenne pas, je n'aime pas vomir. Mais je préfère savoir, mais je préfère comprendre, mais je préfère me coltiner la réalité si difficile soit elle, qu'un monde sirupeux, ou les poncifs rivalisent avec les facilités de l'esprit, ou les à priori rivalisent avec le bon sens près du bonnet.
Je vomi donc cette réalité là. Tout en moi se révulse. Quel est ce pays qui m'a vu naître ? Celui des droits de l'homme ou celui de la collaboration. Ah oui, pardon, il ne faut pas faire de parallèle abusif, ce n'est pas rendre service à la cause de la justice, pardon. Mais quand même, il me semble que ma propre mère qui n'est pas si vieille pourrait le faire ce parallèle, entre cette petite copine juive qu'elle a vu un jour embarquée par la police française et qui n'est jamais revenue et ces enfants d'aujourd'hui emmenés par la police française et qu'on ne reverra pas non plus. Dénoncés par qui ? Par une administration qui obéit aux ordres, par un fonctionnaire trop zélé ?(il y a en a qui refuse, merci à eux) Oui, je sais, la petite fille que ma mère n'a jamais revu est allée dans un camps de la mort et ces enfants d'aujourd'hui ne font qu'aller dans un autre pays ou la mort les attends souvent, mais on n'est pas si sur et puis ce n'est pas pareil. C'est vrai, ce n'est pas pareil, n'empêche ça évoque des choses qui puent la mort.
Ils sont envoyés dans un autre pays, exilé donc. Oui, parce qu'il faut savoir que pour beaucoup ils sont là depuis longtemps, depuis tout petit. Leurs parents sont arrivés il y a dix ans, 8 ans, plusieurs années, ils ont eu des papiers pour travailler, ces enfants sont allés à l'école, ils ont aujourd'hui 15 ans environ, si on sait compter, ils avaient donc 5 ans quand ils sont arrivés. Ou sont ils chez eux, si ce n'est chez nous ? On les exile donc.
Ah oui, mais il y a la loi, oui, mais la loi a changé entre temps, de acceptables ils sont devenus inacceptables. Je fais de l'angélisme paraît il, oui parce que maintenant être humaniste c'est être angélique, le niveau des valeurs c'est légèrement décalé. Les humanistes d'aujourd'hui pensent concret, pensent concrètement qu'à leur gueule. Le méchant d'hier est le réaliste d'aujourd'hui, et nous nous sommes de pauvres naïfs dans le meilleurs des cas, de dangereux gauchos dans le pire. Bienvenu dans le monde de la droite décomplexée, simplifiée, simpliste. Je me dis, je ne sais pas, je me dis qu'il serait urgent que la gauche assume la complexité de ses valeurs. Comme j'aimerai entendre un homme de gauche répondre à un journaliste qui lui dirait " ce n'est pas clair votre position, les gens ne comprennent pas très bien" " les gens sont plus intelligents que vous ne croyez et vous confondez pas clair avec complexe, car c'est complexe la justice, l'équité, la solidarité, plus complexe indéniablement que de désigner un bouc émissaire".
Je continue de vomir donc, même si je n'ai plus que de la bile, même si ça fait mal, mais j'y retourne et je continue de regarder, je continue de témoigner, je continue ... Suis je entendu ? Qu'allons nous faire pour que cela cesse ? Je cherche, je n'ai pas encore trouvé, je me sens vieux aussi et fatigué et la jeunesse me semble bien peu armée en vérité, pour cela peut être qu'elle se met à tirer. J'ai la nausée, la France a les mains sales.
Le commun des mortels
Commentaires
Ecrire encore et encore. Faut que je m'y remette.
Pour les mêmes raisons et d'autres plus personnelles, je me sens moi aussi très atteinte par ce qui se passe en ce moment. On en est réduit à se justifier d'avoir des idées simplement humanistes, sommés presque de s'excuser d'avoir ces tentations saugrenues d'aider son prochain face à d'immondes injustices. Et si jamais on a le malheur d'exprimer qu'on trouve dans ces persécutions des relents d'avant guerre (mondiale, la IIème) on se fait insulter. Le pire c'est qu'à force de signer, envoyer des messages, transmettre à d'autres plus influents, faire ce que je pouvais à mon faible niveau pour protester, j'ai fini par m'user, je n'arrive plus à suivre. J'ai peur de n'être pas la seule dans ce cas. La France moche, égoïste, brutale et violente, celle qu'on n'aime pas, aurait-elle vraiment gagné ?
wow ça c'est du coup de gueule ! Bravo !
Andrem : Oui, remets y toi ;-)...
Gilda : J'ai dit hier à mon il : " le plus déprimant, c'est de me dire que pour me préserver de la déprime je devrais arrêter un temps de me tenir informée. En d'autre terme, devenir aveugle pour avoir la paix " Combien sommes nous à choisir l'aveuglement en réponse à notre impuissance ?
Quand à "qui a gagné ?" Je me dis que toute vie est une alternance, la victoire éternelle n'existe pas, la défaite non plus. Bref, je crois dure comme fer que tant que il y a de la vie, il y a de l'espoir. Je n'en profiterai peut être pas, mais ma fille j'espère que oui. Si tu as besoin de te remonter un peu le moral va là . ça fait du bien aussi
Akynou : ouais, le commun des mortels fait ça mieux que moi
Merci de m'empêcher de devenir aveugle
Si c'est un Quinqua, comme tu me l'as dit, surtout un quinqua "finissant", il doit être obsédé par ça : "Celui des droits de l'homme ou celui de la collaboration", car, s'il est en plus un tant soit peu cultivé et militant, il sait que c'est LES DEUX ! Et que ça continue, et continuera.
Tu sais que les deux seules questions sérieuses que se sont posé cette génération (ça vient de je ne sais plus quel chroniqueur qui doit avoir le même âge que moi), c'est : "qu'est ce que papa et maman font dans leur lit le soir?" et "qu'est ce que faisait papa pendant la guerre?" (c'est plutôt une question de garçon, ça !)
Je crois qu'on ne vomit plus tant que ça. Il me semble que les grands idéaux de nos pères ( les gens qui finissent leur cinquantaine ces temps ci ont des pères qui ont "cristallisé" pendant la guerre, ou à cause de la guerre) sont de travers par rapport à la dure réalité d'aujourd'hui, car c'est difficile de trancher en blanc ou noir, genre t'es Nazi OU anti nazi. Donc ton personnage aurait plus de "consistance" de son âge s'il s'angoissait, justement, de ne pas parvenir tant que ça à décider du bien ou du mal.
(mais c'est juste il me semble, hein ! Ya pas que l'âge qui compte : ya aussi le bourgeoisisme plus ou moins accéleré !)
Yves merci, ça va me permettre de l'épaissir en effet par la suite, j'avais bien en tête cette obsession de "qu'à fait mon père pendant la guère". Je l'aime bien encore capable de se révolter, même si fatigué, mais tu as raison, la révolte n'empêche pas sûrement pas le doute, à creuser donc ...
Moi je.
Oui, je commence toujours par moi je.
Pouf pouf.
Moi, si un journaliste me faisait la remarque suivante, en dehors de n'avoir pas commencé par moi je mais par moi si, deux point guillemette: " ce n'est pas clair votre position, les gens ne comprennent pas très bien".
Moi je, le voilà enfin le moi je, moi je lui répondrais deux point guillemette: " les gens sont plus intelligents que vous ne croyez et vous confondez pas clair avec complexe, car c'est complexe la justice, l'équité, la solidarité, plus complexe indéniablement que de désigner un bouc émissaire".
Et toc. Et personne ne m'aura soufflé la réponse.
Bon, ils s'y mettent, au PS?
Et quand je dis pouf pouf, je me comprends... et c'est dommage.
Andrem : il nous manque Desproges hein