Chaque jour, j'ouvre donc ma nouvelle fenêtre sur le monde et chaque jour j'y trouve de nouvelles raisons de vomir. Aujourd'hui il faut aller voir et

Qu'on ne se méprenne pas, je n'aime pas vomir. Mais je préfère savoir, mais je préfère comprendre, mais je préfère me coltiner la réalité si difficile soit elle, qu'un monde sirupeux, ou les poncifs rivalisent avec les facilités de l'esprit, ou les à priori rivalisent avec le bon sens près du bonnet.

Je vomi donc cette réalité là. Tout en moi se révulse. Quel est ce pays qui m'a vu naître ? Celui des droits de l'homme ou celui de la collaboration. Ah oui, pardon, il ne faut pas faire de parallèle abusif, ce n'est pas rendre service à la cause de la justice, pardon. Mais quand même, il me semble que ma propre mère qui n'est pas si vieille pourrait le faire ce parallèle, entre cette petite copine juive qu'elle a vu un jour embarquée par la police française et qui n'est jamais revenue et ces enfants d'aujourd'hui emmenés par la police française et qu'on ne reverra pas non plus. Dénoncés par qui ? Par une administration qui obéit aux ordres, par un fonctionnaire trop zélé ?(il y a en a qui refuse, merci à eux) Oui, je sais, la petite fille que ma mère n'a jamais revu est allée dans un camps de la mort et ces enfants d'aujourd'hui ne font qu'aller dans un autre pays ou la mort les attends souvent, mais on n'est pas si sur et puis ce n'est pas pareil. C'est vrai, ce n'est pas pareil, n'empêche ça évoque des choses qui puent la mort.

Ils sont envoyés dans un autre pays, exilé donc. Oui, parce qu'il faut savoir que pour beaucoup ils sont là depuis longtemps, depuis tout petit. Leurs parents sont arrivés il y a dix ans, 8 ans, plusieurs années, ils ont eu des papiers pour travailler, ces enfants sont allés à l'école, ils ont aujourd'hui 15 ans environ, si on sait compter, ils avaient donc 5 ans quand ils sont arrivés. Ou sont ils chez eux, si ce n'est chez nous ? On les exile donc.

Ah oui, mais il y a la loi, oui, mais la loi a changé entre temps, de acceptables ils sont devenus inacceptables. Je fais de l'angélisme paraît il, oui parce que maintenant être humaniste c'est être angélique, le niveau des valeurs c'est légèrement décalé. Les humanistes d'aujourd'hui pensent concret, pensent concrètement qu'à leur gueule. Le méchant d'hier est le réaliste d'aujourd'hui, et nous nous sommes de pauvres naïfs dans le meilleurs des cas, de dangereux gauchos dans le pire. Bienvenu dans le monde de la droite décomplexée, simplifiée, simpliste. Je me dis, je ne sais pas, je me dis qu'il serait urgent que la gauche assume la complexité de ses valeurs. Comme j'aimerai entendre un homme de gauche répondre à un journaliste qui lui dirait " ce n'est pas clair votre position, les gens ne comprennent pas très bien" " les gens sont plus intelligents que vous ne croyez et vous confondez pas clair avec complexe, car c'est complexe la justice, l'équité, la solidarité, plus complexe indéniablement que de désigner un bouc émissaire".

Je continue de vomir donc, même si je n'ai plus que de la bile, même si ça fait mal, mais j'y retourne et je continue de regarder, je continue de témoigner, je continue ... Suis je entendu ? Qu'allons nous faire pour que cela cesse ? Je cherche, je n'ai pas encore trouvé, je me sens vieux aussi et fatigué et la jeunesse me semble bien peu armée en vérité, pour cela peut être qu'elle se met à tirer. J'ai la nausée, la France a les mains sales.

Le commun des mortels